Le sang des règles, longtemps perçu comme un simple déchet, pourrait bien devenir un précieux allié pour la santé des femmes. En France, une étude inédite menée à Paris explore ce fluide pour mieux comprendre l’endométriose, une maladie chronique encore mal diagnostiquée. L’objectif : identifier des marqueurs fiables, améliorer le diagnostic et ouvrir la voie à de nouveaux traitements personnalisés.
Pourquoi le sang menstruel est bien plus qu’un simple déchet
Pendant des siècles, le sang menstruel a été entouré de tabous et de mythes. Dans certaines traditions religieuses, il était considéré comme impur, tandis qu’Hippocrate et d’autres médecins anciens le décrivaient comme toxique. Même au XVIe siècle, il était perçu comme un poison. Aujourd’hui encore, dans de nombreuses sociétés, il reste un sujet de gêne et de rejet. Pourtant, sur le plan scientifique, ce fluide est extrêmement riche. Il contient non seulement des cellules de l’endomètre et des cellules immunitaires spécifiques de l’utérus, mais aussi des protéines et des cellules souches régénératrices. Des recherches ont montré que le plasma issu du sang menstruel peut accélérer la cicatrisation, et que ses cellules souches peuvent potentiellement contribuer à traiter des maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques. Ce potentiel reste largement sous-exploité : chaque mois, plus de 100 millions de litres de sang menstruel finissent à la poubelle ou dans les eaux usées dans le monde.
L’initiative pionnière de l’Institut Cochin à Paris
En France, l’Institut Cochin à Paris mène une collecte unique de sang menstruel dans le cadre d’une étude financée par le Conseil européen de la recherche. L’objectif ? Étudier les spécificités biologiques du sang des femmes atteintes d’endométriose et les comparer à celles de femmes non touchées. Le protocole est simple et respectueux de la vie privée des participantes : après un entretien, elles reçoivent un kit comprenant une cup menstruelle et des flacons de collecte. La cup est portée pendant quatre heures, après quoi un transporteur mandaté par l’institut récupère l’échantillon pour analyse. L’objectif scientifique est ambitieux : identifier des biomarqueurs qui pourraient servir à diagnostiquer l’endométriose, prédire son évolution et adapter les traitements aux besoins de chaque patiente. À terme, les chercheurs espèrent lancer une étude nationale afin de confirmer la pertinence de ces marqueurs.
Comprendre l’endométriose : une maladie encore méconnue
L’endométriose touche près d’une femme sur dix et se caractérise par la présence de tissus semblables à l’endomètre en dehors de l’utérus. Ces fragments réagissent aux cycles hormonaux et saignent à chaque menstruation, entraînant inflammation, lésions, douleurs pelviennes, fatigue chronique et troubles digestifs. Près de 40 % des patientes rencontrent également des problèmes de fertilité. Le parcours pour obtenir un diagnostic reste long : en moyenne sept ans s’écoulent entre l’apparition des symptômes et la confirmation médicale. Le traitement est souvent retardé, et la prise en charge dans des centres spécialisés peut prendre de six mois à un an. Si l’endométriose commence seulement à faire l’objet de recherches ciblées, les progrès sont notables. Par exemple, des tests salivaires et des projets de dépistage précoce voient le jour, portés par des équipes de chercheurs et des fondations dédiées.
Le potentiel médical encore inexploré du sang menstruel
Le sang menstruel attire désormais l’attention de la recherche et de l’innovation médicale. Aux États-Unis, la start-up Qvin a mis au point une bandelette de prélèvement intégrée à une serviette hygiénique pour dépister le cancer du col de l’utérus, notamment dans des pays où les examens traditionnels sont culturellement ou religieusement difficiles. En Suisse, Red Drop Lab développe un kit similaire pour détecter cancers et endométriose à domicile, tandis que l’École polytechnique fédérale de Zurich a créé une serviette connectée à l’IA capable de repérer des biomarqueurs spécifiques. Ces innovations montrent à quel point ce fluide, longtemps ignoré, recèle un potentiel immense pour la santé féminine. Des études australiennes et chinoises ont également démontré que le sang menstruel peut être utilisé pour régénérer des tissus et accélérer la cicatrisation, confirmant son rôle prometteur dans la médecine régénérative.
Le sang menstruel, longtemps ignoré, s’impose aujourd’hui comme une ressource précieuse pour mieux comprendre et traiter l’endométriose, offrant un avenir plus personnalisé et prometteur pour la santé des femmes



